Qui êtes-vous, Lili Bulle ?

trashLC

Bonjour Lili Bulle, vous étiez censé vous présenter aujourd’hui. Avez-vous préparé quelque chose ?

LB : Non… Je vais improviser.

J’ai votre CV sous les yeux et je vois que vous êtes juriste en droit social, que vous avez suivi plusieurs formations en ingénierie des procédés, en psychologie cognitive, en management et en gestion de projet, que vous parlez 4 langues, que vous êtes écrivain, chef d’entreprise, coach en créativité … Excusez-moi mais vous ne me semblez pas qualifié pour nous parler de procrastination.

LB : Je vais moi aussi vous parler franchement, quitte à me montrer un peu brutale, mais il me semble que vous avez une forte propension à tirer des conclusions hâtives.

Je m’y suis mal pris. Vous serez d’accord avec moi, si je vous dis que vous n’avez pas le CV type d’un procrastinateur.

LB : Il n’existe pas de CV type du procrastinateur. Par contre, mon CV recèle quelques indices pouvant faire penser à un certain de type de procrastinateurs.

Il existe donc plusieurs types de procrastinateurs.

LB : Oui, la procrastination n’est qu’un symptôme. Ce n’est pas une cause mais une conséquence. Elle peut être la conséquence d’un problème d’estime personnelle, ou elle peut découler d’une adaptation. Elle peut aussi traduire un savant mélange de ces deux causes.

Pouvez-vous nous définir ces différents types de procrastinateurs ?

LB : Le procrastinateur dont l’estime personnelle est déficiente remet à demain les tâches qu’il doit exécuter le jour même, car il ne sent pas à la hauteur. Dans le cas d’une dépression larvée, ce comportement d’évitement peut prendre des proportions importantes, invalidantes au quotidien.

Et dans l’autre cas ?

LB : Quand elle résulte d’une adaptation, la procrastination n’est que très rarement invalidante. Elle est seulement difficile à vivre. Parmi ces procrastinateurs, certains sont si efficaces que leur entourage ne les suspecte absolument pas d’être très en dessous de leur potentiel.

Pour en revenir à votre CV, ne pensez-vous pas qu’il puisse faire fuir ceux-là même que vous voulez aider ?

LB : Non. Pour les procrastinateurs du premier type, mon CV est au contraire très rassurant et quant aux autres, ils se reconnaitront et préfèreront ne pas évoquer le sujet.

La procrastination est donc honteuse.

LB : Oui, bien sûr. Dans une société qui valorise les individus populaires, dynamiques et efficaces ne pas correspondre à ces critères de réussite altère l’image de soi. La pression sociale est très grande, elle s’inscrit en plus dans une dynamique du tout ou rien qui décourage certains individus. « Je n’y arriverai pas, ce n’est pas la peine. Mes efforts ne seront jamais récompensés à leur juste valeur. » Dans un contexte d’hyper-efficacité, au découragement vient s’ajouter un sentiment de culpabilité.

Et quand la procrastination est le résultat d’une adaptation, elle est d’autant plus honteuse qu’elle est très mal acceptée socialement. On y voit poindre l’horrible spectre de l’oisiveté, et son pendant, la fainéantise.

J’ai du mal à comprendre ce deuxième type de procrastinateurs. Comment la procrastination peut-elle résulter d’une adaptation ? N’est-ce pas un peu contreproductif ?

LB : Pour illustrer le deuxième type de procrastinateurs, je prends toujours le même exemple, celui d’un très jeune enfant à la crèche. Il est entouré d’autres enfants de son âge. Vous connaissez ce jeu pour les tout petits qui consiste à insérer des formes dans les trous correspondants, il y a une étoile, un cube, un rond, un triangle … Tous les enfants prennent une forme et essayent de l’introduire dans tous les trous jusqu’à ce qu’ils trouvent enfin le bon. Sauf le futur procrastinateur du deuxième type.

Il est déjà fainéant !

LB : Non ! C’est ce que vous déduisez de son comportement. Sachez que votre jugement est assez représentatif de ce que devra endurer ce futur procrastinateur du deuxième type. Cet enfant-là ne touche pas son jeu. Par contre, il observe ces petits camarades, se lève, va jouer avec d’autres jouets et passe sans cesse d’un jeu à l’autre. D’un point de vue extérieur, il montre tous les symptômes d’un enfant qui souffre d’un trouble du déficit de l’attention.

Il est TDA !

LB : Non ! Au risque de me répéter c’est ce que vous déduisez de son comportement. Sachez que votre jugement est assez représentatif encore une fois de ce que devra affronter ce futur procrastinateur du deuxième type. Cet enfant ne s’intéresse pas au même jeu que les autres parce qu’il sait déjà faire. Et il cherche quelque chose de nouveau, quelque chose à apprendre. Son comportement n’est pas celui d’un TDAH, c’est celui d’un scanner. Si personne ne fait rien pour lui, à l’âge adulte, il deviendra un pro de la procrastination.

Un scanner. Vous voulez dire que cet enfant est un HQI, c’est ça ?

LB : Je n’aime pas les étiquettes. Dès qu’on en a collé une, on a l’impression d’avoir réglé le problème alors que … on l’a en fait enterré sous l’étiquette !

Un haut potentiel ?

LB : C’est mieux. Avec l’idée de potentiel, il est possible de décider de ne pas y avoir recours. Potentiellement, le procrastinateur du second type peut tout faire, il souffre d’un excès d’aptitudes…

Vous vous rendez compte que ce que vous dites est choquant…

LB : Et pour s’éviter de finir enseveli sous les étiquettes, il a pris l’habitude de se conformer à ce que l’on attend de lui, c’est-à-dire très peu comparé à son potentiel, ce qui lui laisse beaucoup de temps pour faire ce qui lui chante … D’ailleurs à ce propos, cet entretien commence à m’ennuyer, je vais faire autre chose.

Non ! Lili Bulle … Revenez ! Vous avez seulement effleuré le sujet, je suis certain que beaucoup de vos lecteurs aimeraient en apprendre plus sur ce deuxième type de procrastinateur. Comment a-t-il pu en arriver là ? Et d’autres se demandent peut-être s’ils sont plutôt du premier ou du deuxième type. Je vous en prie, faites un petit effort !

LB : Oh qu’ils se rassurent, ils peuvent très bien être des deux types à la fois !

Je ne pense pas que ce soit rassurant. On se revoit lundi ?

LB : Je ne serai peut-être pas libre lundi. Mardi ?

Donc peut-être à mardi. Je vous souhaite un bon week-end, Lili Bulle.

LB : Ciao, ne bullez pas trop !

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