Procrastination : mal du 21ème siècle ? Trop de confort tue l’effort !

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Bonjour Lili Bulle. De quoi allez-vous nous parler aujourd’hui ?

LB : Je vais vous parler de la procrastination comme mal du 21ème siècle.

Mal du 21ème siècle… Que de grandiloquence ! 

LB : Détrompez-vous ! La procrastination est très courante, elle touche de plus en plus d’individus de tout sexe et de tout horizon. Elle est désormais si répandue qu’il convient de s’interroger aussi sur d’éventuelles causes collectives, liées par exemple à notre mode de vie.

Ah bon … Nous sommes donc nombreux à rencontrer ce type de difficultés.

LB : Oui, bien sûr. Jusqu’à maintenant, nous nous sommes intéressés aux causes individuelles et personnelles de la procrastination, mais en réfléchissant ainsi, il nous est impossible d’expliquer l’augmentation du nombre de personnes rapportant des problèmes pour passer à l’action. En nous intéressant de plus près à l’environnement dans lequel nous vivons aujourd’hui, d’autres causes émergent.

Ce n’est donc pas entièrement de notre faute !

LB : Quand je veux expliquer l’influence des récents changements intervenus dans notre mode de vie, j’aime revenir à l’âge de pierre.

À la Préhistoire ? Vous voulez dire que les hommes des cavernes procrastinaient ?

LB : Non… ou du moins, nous n’avons découvert à ce jour aucun élément pouvant étayer cette thèse … Revenons à l’époque reculée où nous étions encore des chasseurs cueilleurs. Pensez-vous que beaucoup d’entre nous procrastinaient ?

Je me dis qu’il devait y en avoir quand même quelques uns … Des précurseurs… Les pionniers de la procrastination !

LB : Il y en avait peut-être mais ils n’ont pas laissé de traces nous permettant de prouver leur existence, sans doute parce qu’ils n’ont pas vécu assez longtemps. Pensez-vous qu’il soit possible de remettre au lendemain la chasse ou la cueillette du jour ? De même, croyez-vous qu’il soit envisageable de remettre à plus tard la fuite devant une bête féroce ? À la préhistoire, si vous ne chassiez pas tous les jours, vous ne mangiez pas ! De même si vous n’entreteniez pas vos silex, vous preniez le risque de finir dans l’estomac d’un tigre aux dents de sabre, beaucoup mieux armé que vous. Ou encore, si vous ne preniez pas la peine d’aller chercher de l’eau, vous mourriez de soif. Vous n’aviez pas le choix, chacune de vos actions engageaient votre survie à très court terme !

Aucune possibilité de procrastination.

LB : Oui. L’avènement de la civilisation, ainsi que toutes les innovations technologiques qui en ont découlé ont toutes eu pour vocation plus ou moins immédiate d’augmenter d’abord la sécurité puis le confort des individus. Prenons un exemple tout simple : l’invention du frigo. Avant le frigidaire, nous étions contraint de faire les courses tous les jours, et après, nous pouvions nous contenter d’une fois par semaine sans prendre le risque de nous intoxiquer. Avant l’invention du chauffage central, il nous fallait couper du bois tous les jours sinon nous étions susceptibles de mourir d’hypothermie dans la nuit.

Un autre exemple : le téléphone. Avant son invention, il nous fallait écrire une lettre de plusieurs pages – nous ne pouvions décemment pas nous contenter d’un « T ou ? Tu fé qoi ? » – et ensuite l’amener à la poste dans les temps; et nous devions parfois attendre plusieurs semaines pour recevoir une réponse de notre correspondant qui lui non plus ne pouvait se contenter d’un « a la mez – fou rien ». Ou il nous fallait prévoir un long, couteux et dangereux voyage : faire nos valises, prévenir tous nos voisins, rédiger notre testament devant notaire, faire venir notre cousin pour qu’il nous remplace dans la gestion des affaires quotidiennes de la ferme… Autant dire que pour un voyage d’une semaine, nous devions nous y prendre un an à l’avance !

Nous ne sommes plus confrontés à des risques immédiats, c’est pour cette raison que nous remettons à plus tard. C’est ce que vous voulez nous faire comprendre, Lili Bulle ?

LB : Avant les supermarchés, il nous fallait nous déplacer chez le boucher, le maraicher, le crémier, le charcutier, l’apothicaire, le cordonnier …

Avant l’invention de l’ordinateur et des systèmes d’informations, nous étions contraints jusque dans nos loisirs. Imaginez-vous que dans les années 70, il n’y avait que deux chaines de télé. Pas d’internet. Et certainement pas de Replay, pas de VOD, et pas de Youtube. Si vous n’étiez pas devant la télé, à l’heure due, vous ratiez votre programme préféré. Sans compter qu’aujourd’hui, vous pouvez faire vos courses sans sortir de chez vous, de jours comme de nuit, 7 jours sur 7.

Effectivement, je n’y avais pas pensé.

LB : Pendant très très très longtemps, c’était à l’homme de s’adapter à un environnement qui lui imposait de nombreuses contraintes. Le monde imposait son rythme aux hommes. Tous les progrès récents ont eu pour objectif d’adapter l’environnement à l’homme. Désormais, tout vous obéit au doigt et à l’œil, quand vous voulez, comme vous voulez. Plus la peine de vous adapter, de faire le moindre effort, d’être à l’heure. PLUS LA PEINE !

Vous êtes  en train de nous dire que nous procrastinons parce que nous pouvons nous le permettre.

LB : Oui. Il est plus facile de remettre au lendemain quand vous ne risquez rien de grave. Depuis que la peine de mort pour non paiement de la dîme seigneuriale n’existe plus, vous pouvez même vous permettre de payer vos impôts en retard, bien sûr un tel retard vous coûtera plus cher, mais cela ne vous coûtera pas la vie ! Vous pourrez ensuite prétendre souffrir de phobie administrative, et tout le monde vous plaindra ! La société en général s’est beaucoup assouplie ces 50 dernières années, et beaucoup de nos obligations sont devenues plus diffuses, comme nos responsabilités d’ailleurs. Dans un monde où vous ne risquez pas grand chose à ne pas faire, vous êtes enclin et c’est tout à fait normal, à ne pas faire. Il vous faut prendre conscience que nous sommes beaucoup plus libres aujourd’hui que nous l’étions hier. 

La procrastination serait donc une conséquence de la liberté ? N’est-ce pas un peu exagéré ? Tout le monde ne procrastine pas !

LB : Il n’existe que deux façons de se structurer, soit c’est l’environnement qui vous contraint, soit c’est à vous de vous discipliner. Dans l’hypothèse où vos contraintes seraient de moins en moins grandes, vous devrez donc fournir plus d’effort pour vous discipliner. Qu’est-ce qui vous oblige aujourd’hui à aller faire les courses tous les jours ? Rien. La liberté est ce qui exige la plus grande discipline. Si rien ne vous oblige à accomplir des taches désagréables, il vous faudra déployer beaucoup de volonté pour les mener à bien. Et si vous manquez de raisons de faire tout de suite, vous serez tenté de remettre à plus tard, c’est à dire au moment où vous n’aurez plus le choix. Ce type de processus peut à terme également altérer votre capacité à prendre des décisions que vous repousserez elles-aussi.

Nous devenons donc tous complètement irresponsables !

LB : Je n’ai pas dit ça. Disons plutôt que la sphère de nos responsabilités s’est beaucoup réduite, nous laissant une telle marge de manœuvre que nous ne sommes parfois et dans certaines situations plus capables d’agir ou de décider. Il y a 10 000 ans, vous retrouvez face à une bête féroce était une situation ordinaire. De nos jours, les progrès ont été si rapides que ce qui était habituel, il y a 25 ans, est devenu très exceptionnel, nous laissant parfois complètement démuni. Et il est normal de se sentir démuni dans des situations extra-ordinaires.

Pourquoi croyez-vous que les émissions de coaching sont si populaires ? Certainement pas parce que nous ne savons pas faire ou plus faire, mais parce qu’il nous est désormais difficile de nous plier à une certaine discipline. Bénéficier d’une structure, qu’elle soit externe ou interne, qui organise notre quotidien est impérative à notre bon fonctionnement. Si vous mangez ou dormez n’importe quand, très vite, vous allez commencer à vous désorganiser, va s’en suivre une fatigue importante, non pas par manque de sommeil, mais par manque de structure, et bientôt, vous aurez du mal à régir toutes vos activités. C’est flagrant chez les enfants. Un manque de cadre peut aboutir à des troubles de l’attention ou, plus graves, des conduites. Chez l’adulte, les risques sont moins importants, mais une forte procrastination n’est parfois que le résultat d’un mode de vie trop désorganisé.

Que faire alors ?

LB : Commencer par structurer un peu plus vos journées et nous verrons ensuite. Bon, je dois vous laisser, je vais couper du bois.

Vous n’avez pas le chauffage central !

LB : Bien sûr que si, mais je me suis fait installer un petit poêle d’appoint en cas de grand froid et j’aime à couper du bois dans mon jardin les jours de beau temps.

Lâchez cette hache, Lili Bulle, vous allez vous blesser !

LB : Vous avez raison, je subodore que le maniement de la hache réclame quelques formations. Sur ce, je vous dis à demain ou après-demain… puisque comme nous l’avons vu ensemble, rien ne nous oblige à nous voir tous les jours !

A dans la semaine, Lili Bulle.

LB : Ciao. Ne bullez pas trop !

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