Procrastination artistique ou poursuivre l’inspiration à coups de massue !

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Bonjour Lili Bulle. De quoi allez-vous nous parler aujourd’hui ?

LB : Je vais vous parler de la procrastination artistique.

Vous n’allez quand même pas nous soutenir que la procrastination joue un rôle positif ?

LB : Pas vraiment. Mais elle joue un rôle. Tout artiste a déjà ressenti cette angoisse particulière connue sous le nom de syndrome de la page blanche, mais qui pourrait tout aussi bien être désignée sous le nom de syndrome de la toile blanche pour les artistes peintres, ou encore syndrome du piano muet ou de la guitare silencieuse pour les musiciens, ou syndrome de l’extinction de voix pour les chanteurs … je m’égare. Toutes ces appellations désignent le même phénomène : la procrastination artistique ou créative. Comme vous le savez, il est assez facile de décider de l’heure à laquelle vous allez vous lever, l’heure à laquelle vous allez manger ou l’heure à laquelle vous allez prendre rendez-vous chez votre avocat. Par contre, décider de l’heure à laquelle vous aurez l’inspiration pour commencer ou continuer un roman, c’est une tout autre histoire… C’est le cas de le dire.

Vous voulez dire que le manque d’inspiration s’apparente à de la procrastination ? Mais le romancier ne remet pas au lendemain sciemment, il n’a pas l’inspiration : c’est différent !

LB : Dîtes-moi, selon vous, pourquoi le romancier s’effraye d’une simple page blanche ? Qu’y-a-t-il de terrifiant dans un morceau de papier ?

Je ne sais pas. Je n’écris pas.

LB : Vous ne pratiquez aucune discipline artistique ?

Il m’arrive de faire des origamis. Ça compte ?

LB : Bien sûr ! Il est vrai que je n’ai pas parlé du syndrome de la feuille froissée. Je m’en excuse. Je disais donc : Qu’y-a-il de terrifiant dans une feuille froissée ?

Si elle est froissée, elle n’est pas pliée correctement !

LB : Tout à fait. Et c’est exactement la même chose pour l’angoisse de la page blanche. Pour un écrivain, une page blanche n’est pas remplie correctement. Sa simple présence, qui traduit une absence d’idées, devient au fur et à mesure que l’auteur la contemple, un reflet de son vide abyssal !

Oh quelle horreur !

LB : Mmmhhh … Et vous conviendrez avec moi que rester à contempler cette page blanche pendant des heures s’apparente à du masochisme.

Peut-être.

LB : Comme le disait Jack London, qui n’était pas du genre à se laisser impressionner par une inoffensive page blanche : « On ne peut pas attendre que l’inspiration vienne. Il faut courir après avec une massue ».

Je veux bien, mais comment court-on après l’inspiration ?

LB : En évitant de rester planté devant sa page blanche. Imaginez que vous ayez un roman à écrire. Comme tous les matins, vous vous asseyez devant votre ordinateur, vous vous dégourdissez les doigts, vous faîtes quelques échauffements des épaules et des poignets, et vous vous lancez mais malheureusement vous ne parvenez pas à aligner deux mots l’un après l’autre. Vous vous représentez la situation ?

Oui. Parfaitement.

LB : Si vous restez plus de dix minutes sur l’ouvrage, dans l’incapacité d’écrire une ligne, vous allez commencer à angoisser, à vous dire que vous n’êtes pas un auteur, que vous êtes décidément bon à rien, que vous ne pourrez plus jamais écrire, que vous avez perdu la flamme.

Sans doute.

LB : Si vous en êtes à vous dire que vous avez perdu la flamme, vous conviendrez qu’il y a peu de chance que vous la trouviez.

Pour sûr ! Mais alors que faire ?

LB : Surtout ne restez pas planté là. Faites autre chose, mais quelque que chose de constructif. Ne vous loguez pas sur Facebook, ne commencez pas une partie de Candy Crush ! Évitez aussi de vous avachir devant la télé ! Si vous tenez absolument à écrire, écrivez, n’importe quoi, mais écrivez ! Munissez-vous d’une massue, criez « Caaapitaiiine CAAAVEEEEEERNE» et notez ce qui vous traverse l’esprit, même si ça vous paraît inintéressant.

Écrivez par exemple : « Ça a débuté comme ça » – Louis Ferdinand Céline – Voyage au bout de la nuit.

Ou encore : « Je ne sais pas trop par où commencer » – Philippe Claudel – Les âmes grises.

Ou encore mieux : « Assise sur le gazon à côté de sa sœur, Alice commençait à s’ennuyer de rester là à ne rien à faire.” – Lewis Caroll – Alice aux Pays des Merveilles.

Pauvre Alice !

LB : Quoi de plus ennuyeux effectivement que d’attendre l’inspiration. Alors plutôt que de l’attendre, commencez et elle vous suivra. Et si par malchance, elle ne vous suivait pas, ne restez pas là ! Allez vous promener, faites un peu de ménage, répondez à un courrier, téléphonez à un ami, en un mot : vivez ! Si vous restez planté trop longtemps devant votre page blanche, l’écriture  finira par vous inspirer un sentiment de vide et d’angoisse et autant dire qu’il y a peu de chance que vous trouviez l’inspiration et que vous produisiez de nombreux romans.

C’est une évidence !

LB : Qu’est-ce qui vous retient de remplir cette page blanche ? Rien ! Si ce n’est la peur d’écrire n’importe quoi. Et si vous avez si peur, pourquoi rester bloqué comme un lapin pris dans les phares d’une voiture. Agissez ! Criez « Caaapitaiiine CAAAVEEEEEERNE » et écrivez ! Qu’est-ce qui vous empêche de commencer votre roman par : « Au commencement, il n’y avait que ténèbres, pas une pensée, pas une idée, même pas un mot accroché au-dessus de l’abîme. »

On dirait quand même beaucoup le début de la Bible.

LB : et de continuer par : « Puis comme ça, sans prévenir, le capitaine caverne eut l’audace d’allumer la lumière. ».

Oh vous exagérez !

LB : Non. Ayez l’audace d’écrire, de marteler cette page blanche à coups de massue, même si c’est pour lui faire dire « Au commencement était le verbe… »

Oh, non pas les Évangiles !

LB : Oh zut ! C’est vrai. Essayons d’être plus original. « Ma pauvre muse, hélas ! qu’as-tu donc ce matin ?”

C’est Baudelaire !

LB : Bon… comme vous le voyez, ce n’est pas difficile de commencer. Etre original par contre. Donc, je disais, rien ne sert d’attendre l’inspiration, mieux vaut la provoquer, quitte à écrire une banalité. De banalité en banalité, vous finirez peut-être par tombez nez à nez avec l’inattendu qui vous emmènera aux pays des Merveilles.

C’est de qui ?

LB : De moi. Je crois. Bon, sur ce, je vous laisse, j’ai un roman à commencer.

Et vous savez déjà quelle en sera la première phrase ?

LB : Bien sûr que non. Et heureusement ! Si je le savais, je n’aurais pas besoin de l’écrire.

Quand se revoit-on, Lili Bulle ?

LB : Demain. Ciao. Ne bullez pas trop !

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