Catégorie : procrastination

#Procrastination : Nostradamus ou la loi du « Qui stresse foire tout »

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Bonjour Lili Bulle. De quoi allez-vous nous parler aujourd’hui ?

LB : Je vais vous parler de la procrastination et de ses rapports tumultueux avec la peur de l’échec.

Oui bien sûr… Nous remettons au lendemain car nous avons peur de rater !

LB : Si nous avons peur de l’échec aujourd’hui, pourquoi en serions-nous délivré demain ?

J’avoue que je ne sais pas.

LB : Pour expliquer les relations difficiles qu’entretiennent la procrastination et la peur de l’échec, j’aime parler du paradoxe du prophète.

Que vient faire l’oracle dans cette histoire ? Je ne vous savais pas superstitieuse, Lili Bulle ?

LB : Imaginez que vous êtes prophète.

Ça m’est difficile, mais si vous insistez.

LB : Vous avez deux types de prophètes, ceux qui sont spécialisés dans la fin du monde, comme Nostradamus ou Ezekiel et d’autres, qui se manifestent plus volontiers en temps de disette, dont le fond de commerce est l’espoir et qui prophétisent l’avènement d’un monde meilleur. Vous avez donc des prophètes pessimistes et des prophètes optimistes.

Jusque là, je vous suis mais je ne vois pas le rapport avec la procrastination.

LB : Avez-vous déjà entendu parler des prophéties auto-réalisatrices ? Toutes les diseuses de bonne aventure connaissent bien ce phénomène sans lequel elles seraient très vite contraintes de fermer boutique. Le fait d’énoncer une prophétie focalise les esprits sur ce qui n’est au fond qu’une hypothèse parmi d’autres. Une fois clamer à la foule, un scénario catastrophe initialement complètement tiré par les cheveux, en modifiant les comportements, est susceptible de se réaliser. Dans la loi de Murphy, plus connue sous le nom de Loi de l’Emmerdement Maximum (LEM), « Tout ce qui est susceptible de mal tourné, tournera nécessairement mal ». Nous sommes d’accord que cette loi ne décrit pas la réalité.

Je ne comprends pas. Je suis désolé.

LB : Tant que personne n’en eu l’idée et qu’elle n’a pas été communiquée, la fin du monde n’existe pas.

Elle n’existe pas plus, une fois prophétisée ! Ce n’est qu’une superstition.

LB : Une prophétie n’est qu’une superstition, tant que vous ne prenez pas en compte l’élément psychologique qui, lui à la différence de la loi de Murphy, peut être considéré comme une constante, constante que nous nommerons « Constante de perception ». Quand tout à coup, un oiseau de malheur prévoit la fin du monde, la simple énonciation de l’hypothèse, en modifiant votre perception, génère un stress qui fera qu’à la première difficulté vous allez vous dire : « Et voilà … La fin du monde est proche ! », vous allez donc stressé de plus et en plus, et par la loi du « Qui stresse foire tout », vous commettrez de plus en plus d’erreurs jusqu’à aboutir enfin à la fin du monde annoncée.

Je n’ai jamais entendu parler de la loi du « Qui stresse foire tout » ?

LB : Elle est pourtant très connue et vous l’avez sans doute expérimentée de nombreuses fois. A partir d’un certain niveau de stress, vous foirez tout ce que vous faites. Au-delà du niveau de stress que vous parvenez à gérer, vous perdez vos moyens et vous vous retrouvez au-delà du champ d’application de la loi du « Tout se passera bien », et donc sous le coup de la loi du « Qui stresse foire tout ».

À partir de quel moment, passons-nous du champ d’application de la loi du « Tout se passera bien » à celui de la loi du « Qui stresse foire tout » ?

LB : Au delà de la constante du « J’en ai marre ! », vous passez dans le champs d’application de la loi du « Qui stresse foire tout »

Je comprends. Par contre, je ne vois pas le rapport avec la procrastination ! 

LB : Le procrastinateur anxieux est un prophète pessimiste que ses propres prophéties effrayent. Une fois qu’il s’est dit « Je n’y arriverai pas », bien souvent avant même de commencer, il passe sous le coup de la loi du « Qui stresse foire tout ». Et comme il stresse, il est tenté d’oblitérer la source de son stress en se cantonnant à des activités non stressantes qui lui font prendre du retard, et qui augmentent donc son niveau de stress et ainsi de suite et quand il passe enfin à l’action, il est tellement stressé qu’il foire tout.

Il active le mode « Politique de l’autruche » et passe sous coup de la loi du « Qui stresse foire tout » !

LB : Voilà !

Comment faire ?

LB : Il est impossible de prévoir exactement ce qu’il va se passer. Donc quand on élabore une prévision, on met en place un « Worse Case » – Pire des cas (dans lequel on prend en compte la loi de Murphy) – et un « Best Case » – Meilleurs des cas – , en sachant que la réalité se situera quelque part entre ces deux bornes. Le but d’une prévision est de délimiter un champ de possibilités afin de mettre en place la stratégie qui permettra d’éviter le pire des cas. Vous me suivez ?

Oui.

LB : Si vous n’élaborez que le pire des cas, (si vous prenez la loi de Murphy pour une loi universelle alors qu’elle n’est censée s’appliquer que dans l’élaboration d’un worse case) … vous ne délimitez pas de champs des possibilités et vous perdez de vue que la réalité peut prendre un autre chemin. Vous quittez le champ de la prévision pour mettre un pied sur le dangereux terrain de la prophétie auto-réalisatrice. Après avoir prédit plusieurs fins du monde qui se sont effectivement réalisées, même seulement en partie, vous vous sentez investi d’un super pouvoir. Vous êtes alors un prophète confirmé.

Et vous pensez que tout ce que vous prédisez se réalisera.

LB : Vous avez sérieusement réduit le champ de vos possibilités.

La peur de l’échec cause l’échec.

LB : Peur de l’échec ou peur de réussir ? Quand vous vous sentez investi d’un super pouvoir, vous avez l’impression de contrôler. Vous vous dites : « J’ai encore foiré mais je l’avais prévu ». D’une certaine manière, vous êtes aux manettes. Admettons que vous réussissiez alors que vous ne l’aviez pas prévu ; la réussite qui est pourtant une bonne nouvelle se révèlera angoissante parce que vous ne l’aviez pas prévue et vous aurez l’impression de perdre le contrôle des évènements. Le pire des cas n’est jamais décevant. Le meilleur des cas quand il n’est pas prévu peut être perçu comme un accident de parcours anxiogène.

Quelle horreur !

LB : Vous êtes du genre à ne prévoir que des fins du monde ?

Ça peut m’arriver…

N’oubliez pas de prévoir de réussir, cela fera baisser votre anxiété face aux situations et si vous réussissez, rien ne viendra ternir votre bonheur, certainement pas la perte d’un contrôle illusoire. Bon, je dois vous laisser, je dois élaborer un « Worse Case » pour le lancement d’une nouvelle formation.

Seulement le pire des cas ?

LB : Non, j’ai déjà élaboré le meilleur des cas, il est beaucoup plus simple à imaginer. Quand tout se passe bien, il n’y a aucun obstacle à prévoir et à éviter.

Bon, je vous dis donc à demain, Lili Bulle.

LB : A demain, dans le meilleur des cas !

Alors, à dans la semaine, Lili Bulle.

LB : Ciao. Ne bullez pas trop !

Procrastination anxieuse ou la politique de l’autruche…

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Bonjour Lili Bulle. De quoi allez-vous nous parler aujourd’hui ?

LB : De la procrastination anxieuse.

Ah enfin !

LB : Quoi enfin ? Vous dites cela parce que pour une fois j’ai eu une idée de thème dans les temps ?

Non … Je me réjouis d’enfin vous écouter au sujet du premier type de procrastinateur, le procrastinateur anxieux.

LB : Ah… Je disais donc que la procrastination peut aussi traduire une anxiété. Dans ce cas, elle se présente ainsi : « J’ai peur d’aller chez le dentiste donc je ne prend pas rendez-vous. J’ai de plus en plus mal aux dents. Je m’inquiète mais je ne prends toujours pas rendez-vous… » ou autre exemple : « J’ai l’angoisse de la page blanche, donc aujourd’hui je me suis enfilé toute une saison de la série Silicon Valley pour oublier que j’avais un article de blog à rédiger. »

Vous avez passé la journée dans votre canapé devant une série !

LB : Non. C’était un exemple… Je disais donc, la procrastination anxieuse s’inscrit dans une stratégie dite d’évitement, autrement appelée Politique du « je remets à plus tard ce qui m’angoisse, dans l’espoir de calmer mon angoisse, sauf que j’angoisse de plus en plus. En outre, je culpabilise de ne pas avoir le courage d’affronter ma page blanche. » Ce type de procrastination touche plus souvent les personnes anxieuses, peu sûres d’elles, et vise à remettre à plus tard les situations anxiogènes. Dans le cas d’une phobie sociale par exemple, vous serez tenté de déployer ce genre de stratégie quand vous êtes confronté à une situation sociale qui vous semble au-dessus de vos ressources. Elle peut se traduire par un évitement pur et simple concernant les situations dont vous avez la maîtrise et par une remise au lendemain, et au surlendemain puis au sur sur lendemain, etc … des situations qui engagent votre responsabilité et qui ne dépendent pas que de vous. Dans le cadre de vos responsabilités, vous attendrez de ne plus pouvoir faire autrement pour passer à l’action.

Je comprends bien, mais comment éviter la procrastination anxieuse ?

LB : Vous déployez ce type de stratégie ?

Ça peut m’arriver.

LB : Alors fermez les yeux.

Ça y est.

LB : Imaginez une autruche. Vous la visualisez ?

Oui. Je vous vois venir, vous allez me parler de la politique de l’autruche.

LB : Ne tirez pas de conclusions hâtives. Maintenant imaginez qu’un chasseur tire un coup de feu dans les environs. Que fait l’autruche ?

Elle se met à courir.

LB : Son cerveau reptilien ne lui permet que 3 réactions possibles : prendre la fuite, faire le mort ou attaquer. Que fait-elle ?

Elle prend la fuite.

LB : Elle fuit quoi ?

Le chasseur ?

LB : Elle n’a pas la notion du chasseur, ni celle de la balle du fusil. Elle fuit quoi ?

Le bruit !

LB : Donc elle commence par courir dans tous les sens, puis paniquée à l’idée de partir dans le mauvais sens, elle finit par mettre la tête dans le premier trou venu… afin de fuir un bruit.

C’est vrai que présenter comme ça.

LB : Maintenant imaginez que cette autruche ait mal aux dents. Visualisez-la ! Vous la voyez ?

Oui.

LB : Que fait-elle ?

Elle panique. Elle a tellement peur qu’elle ne trouve pas le courage de prendre rendez-vous chez le dentiste.

LB : De quoi a-t-elle peur ?

Du dentiste ?

LB : Non. Elle a peur d’avoir mal. Or, elle a déjà mal. Comme l’autruche précédente, elle a en fait peur du bruit, pas du chasseur. Et ne sachant comment fuir un bruit, elle finit la tête dans un trou.

Que devrait-elle faire ?

LB : Quelques indices. L’autruche est un animal qui n’est pas sans défense, bien au contraire. Elle est très rapide, elle court à environ 70 km/heure et elle possède un cou musclé au bout duquel trône un bec imposant.

Elle doit attaquer ?

LB : La difficulté pour l’autruche, c’est qu’étant rapide, elle fuit au moindre bruit. Alors qu’il lui suffirait de se poser deux secondes, de chercher la source du bruit et de foncer dessus. J’ai mal aux dents. Je me pose deux secondes. Je prends une grande inspiration et je prends rendez-vous tout de suite chez le dentiste au lieu de foncer la tête la première dans un trou spatio-temporel. Si elle veut faire baisser son anxiété, l’autruche doit attaquer le problème. Ce n’est pas qu’une question volonté, notre autruche est volontaire. Pour preuve, elle passe beaucoup d’énergie à courir. Elle doit apprendre à focaliser son énergie sur la cible.

Que dois-je faire la prochaine fois que je suis tenté de faire l’autruche ?

LB : Visualisez votre autruche et dites-vous que vous n’allez pas vous laisser faire. Au premier signe de panique, posez-vous deux secondes, soufflez et ensuite agissez ! Je vous laisse, je dois tordre le cou d’une autruche qui s’angoisse devant une page blanche qui ne lui veut aucun mal.

À demain ?

LB : Oui. À demain.

Vous êtes bien catégorique. Que vous arrive-t-il ?

LB : Je compte bien faire la peau à mon autruche. Cette maudite volaille ne s’en tirera pas cette fois !

Et de quoi nous parlerez-vous ?

Du lien entre procrastination et mauvaise estime personnelle. Ciao. Ne bullez pas trop !

Lili Bulle vous raconte sa journée !

Newton et la Pomme

Bonjour Lili Bulle, de quoi allez-vous nous parler aujourd’hui ?

LB : Je ne sais pas trop …

Vous n’avez pas préparé votre article !

LB : J’ai eu une très mauvaise journée. Je me suis levé à 7h00 ce matin. Dans mon agenda, j’avais un coaching de 1h30 et un article de blog à rédiger. J’ai décidé de me mettre à la rédaction de mon article vers 8h00. Je me suis installé à mon bureau, j’ai réfléchi quelques minutes, mais comme je n’avais aucune idée de thème, j’ai commencé à surfer sur internet. Je suis tombé par hasard sur une vidéo « Comment réussir ma pâte à crêpes », puis de fil en aiguille, j’ai regardé plusieurs vidéos sur le sujet en les comparant, « La pâte à crêpes à la farine de Sarazin », « Crêpes salées, Crêpes sucrées », « Crêpes sans gluten » …

Vous comptez ouvrir une crêperie ?

LB : Non… J’ai fait un tableau comparatif des différents types de crêpes, recensant les recettes ainsi que les variantes constatées pour un même type de crêpes.

Vous devez être calée en crêpes maintenant !

LB : Plutôt oui … Bon ensuite, vers 10h00, j’ai préparé mon rendez-vous de suivi jusqu’à 11h00. Je me suis remis à la rédaction de mon article de blog, mais là, même rengaine, aucune idée … J’ai décidé de composer une chanson.

On peut l’écouter ?

LB : Non parce que je ne l’ai pas enregistrée. Je n’avais pas le temps car j’avais un article de blog à rédiger. Composer est une chose, enregistrer une chanson en est une autre. Donc à midi, j’ai mangé un sandwich, en réfléchissant à mon article de blog … toujours rien. J’avais mon coaching via Skype à 14h00.

Vous n’avez pas raté le rendez-vous ?

LB : Non. Après le coaching, je me suis remise à mon article. Et comme l’inspiration me manquait, j’ai décidé de faire le ménage.

Ah bon ?

LB : Oui. Souvent, les idées me viennent quand je m’y attends le moins. Pendant que je fais le ménage notamment. Donc j’ai fait à peu près 1h30 de ménage. Des tas d’idées me sont venues : un nouveau format de formation, un personnage de fiction que je pourrais exploiter dans mon prochain roman, une nouvelle façon de présenter l’approche systémique. Par contre concernant le blog de Lili Bulle : rien …

Ah… Et ensuite, vous avez fait quoi ?

LB : Vous m’avez appelé. Je me suis dit « Oh non, pas déjà ! »

Vous n’avez donc pas de sujet pour votre article !

LB : En fait, maintenant que vous m’en parlez, je me dis que la journée que je viens de vivre est assez représentative de la procrastination des créatifs. Je vais donc retranscrire ce que nous venons de nous dire. J’ai enfin trouvé un thème ! Je vous en remercie.

Je n’y suis pour rien…

LB : Si vous ne m’aviez pas appelé, je ne vous aurais pas raconté ma journée. Et je n’aurais donc pas eu l’idée de cet article.

Vous avez mentionné la procrastination des créatifs. Vous pouvez nous en dire plus ?

LB : Chez les créatifs, qui sont des penseurs intuitifs, la technique « Penseur de Rodin » ne fonctionne pas. S’asseoir à votre bureau dans l’idée de chercher une idée vous mènera toujours au même endroit, c’est-à-dire nulle part. Le processus de création se déroulant essentiellement dans le subconscient, vous n’y avez pas vraiment accès. Et donc, quand vous fouillez consciemment votre esprit à la recherche d’une idée, celles que vous trouvez sont des idées peu innovantes, des idées toutes faites que vous repoussez immédiatement. La bonne idée vous viendra souvent quand vous n’y pensez pas, dans une sorte de flux et reflux du subconscient vers la conscience qu’on appelle inspiration ou le fameux Euréka…

Comme Newton avec sa pomme ?

LB : L’Histoire a retenu qu’il faisait la sieste sous un arbre et que la pomme lui est tombée sur la tête. Ce serait ainsi que l’idée de l’attraction universelle lui serait venue. En vérité, il rêvassait sous un arbre…

Il méditait !

LB : C’est mieux … Donc il méditait sous un arbre quand il s’est dit que la force qui contraignait les pommes à lui tomber systématiquement sur la tête pendant la sieste était peut-être aussi celle qui maintenait la lune sur son orbite. Newton n’a pas découvert la pesanteur terrestre, mais la force d’attraction universelle : la loi de l’inverse carré étendue universellement. Qu’est venu faire la lune dans cette histoire ? Aujourd’hui, inclure la lune dans le périmètre de la gravitation terrestre paraît évident. À l’époque, c’était une pensée profondément novatrice. Le processus de la pensée novatrice, ou encore pensée divergente autrement appelé créativité nécessite que l’on puisse s’affranchir de toutes les idées que nous considérons consciemment comme acquises. La procrastination des créatifs est différente de celle qui peut se mettre en place chez les personnes dépressives. Le créatif a du mal à rester concentré sur une tache spécifique, parce qu’inconsciemment, il sait que le fruit n’est pas mûr, qu’il n’est pas encore prêt à lui tomber sur la tête.

Donc il s’intéresse à la pâte à crêpes.

LB : Parfaitement. Il s’intéresse à tout. Et d’un point de vue extérieur, il peut donner l’impression d’avoir des difficultés à se mettre à la tache. Il va aller rêvasser sous un arbre ou encore composer une chanson alors qu’il devrait être à son bureau en train de travailler… Le créatif possède une extraordinaire propension à saisir et associer les opportunités. Il combine les idées entre elles, mais pour nourrir et activer la machine, il lui faut faire tout un tas d’activités qui auront vocation ou pas à déclencher le processus créatif. La procrastination peut également s’inscrire dans une recherche de stress « motivationnel ». Le créatif travaille par à coup, il est capable de fournir une grosse quantité de travail en très peu de temps, il a donc besoin d’un certain niveau de pression pour puiser l’énergie nécessaire à son rythme naturel et effréné de travail. Par conséquent, il lui arrive souvent d’attendre le dernier moment pour s’y mettre. D’un point de vue extérieur, on peut se demander pourquoi il ne planifie pas plus, pourquoi il s’inflige un tel stress. Lui-même se le demande souvent d’ailleurs. Pour expliquer la quête de stress motivationnel, je fais souvent la comparaison entre un sprinter et un marathonien. Le créatif est un sprinter…

Et le lièvre et la tortue ?

LB : Pourquoi pas ? Le créatif lance beaucoup de projets mais n’en en mène à bien qu’une partie.

Et la tortue n’a qu’un seul projet mais elle arrive au bout !

LB : Parfaitement. Doucement mais sûrement. Par contre, préservé des accidents de parcours, le trajet de la tortue ne permet pas d’avoir des idées qui sortent vraiment des sentiers battues.

Et la cigale et la fourmi ?

LB : Même histoire. La cigale ayant chanté tout l’été … elle se retrouve bien dépourvue et contrainte d’improviser une chansonnette devant la porte de la fourmi, son amie, qui est peu prêteuse. Et c’est en chantant devant la fourmi qui lui reproche de ne pas avoir préparé son article de blog que la cigale a l’idée de lui raconter sa journée somme toute assez représentative de la procrastination spécifique au processus créatif. Sans la fourmi, la cigale n’aurait pas de public, pas de muse, aucune volonté et aucune idée.

Je n’avais jamais envisagé les choses ainsi. C’est une façon très originale de les présenter. Et je suis très content d’avoir pu vous aider, Lili Bulle. Je vous dis donc à demain.

LB : À demain ou après-demain …

Donc à la prochaine fois.

LB : Dans la semaine. Promis. Ciao, ne bullez pas trop !

Qui êtes-vous, Lili Bulle ?

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Bonjour Lili Bulle, vous étiez censé vous présenter aujourd’hui. Avez-vous préparé quelque chose ?

LB : Non… Je vais improviser.

J’ai votre CV sous les yeux et je vois que vous êtes juriste en droit social, que vous avez suivi plusieurs formations en ingénierie des procédés, en psychologie cognitive, en management et en gestion de projet, que vous parlez 4 langues, que vous êtes écrivain, chef d’entreprise, coach en créativité … Excusez-moi mais vous ne me semblez pas qualifié pour nous parler de procrastination.

LB : Je vais moi aussi vous parler franchement, quitte à me montrer un peu brutale, mais il me semble que vous avez une forte propension à tirer des conclusions hâtives.

Je m’y suis mal pris. Vous serez d’accord avec moi, si je vous dis que vous n’avez pas le CV type d’un procrastinateur.

LB : Il n’existe pas de CV type du procrastinateur. Par contre, mon CV recèle quelques indices pouvant faire penser à un certain de type de procrastinateurs.

Il existe donc plusieurs types de procrastinateurs.

LB : Oui, la procrastination n’est qu’un symptôme. Ce n’est pas une cause mais une conséquence. Elle peut être la conséquence d’un problème d’estime personnelle, ou elle peut découler d’une adaptation. Elle peut aussi traduire un savant mélange de ces deux causes.

Pouvez-vous nous définir ces différents types de procrastinateurs ?

LB : Le procrastinateur dont l’estime personnelle est déficiente remet à demain les tâches qu’il doit exécuter le jour même, car il ne sent pas à la hauteur. Dans le cas d’une dépression larvée, ce comportement d’évitement peut prendre des proportions importantes, invalidantes au quotidien.

Et dans l’autre cas ?

LB : Quand elle résulte d’une adaptation, la procrastination n’est que très rarement invalidante. Elle est seulement difficile à vivre. Parmi ces procrastinateurs, certains sont si efficaces que leur entourage ne les suspecte absolument pas d’être très en dessous de leur potentiel.

Pour en revenir à votre CV, ne pensez-vous pas qu’il puisse faire fuir ceux-là même que vous voulez aider ?

LB : Non. Pour les procrastinateurs du premier type, mon CV est au contraire très rassurant et quant aux autres, ils se reconnaitront et préfèreront ne pas évoquer le sujet.

La procrastination est donc honteuse.

LB : Oui, bien sûr. Dans une société qui valorise les individus populaires, dynamiques et efficaces ne pas correspondre à ces critères de réussite altère l’image de soi. La pression sociale est très grande, elle s’inscrit en plus dans une dynamique du tout ou rien qui décourage certains individus. « Je n’y arriverai pas, ce n’est pas la peine. Mes efforts ne seront jamais récompensés à leur juste valeur. » Dans un contexte d’hyper-efficacité, au découragement vient s’ajouter un sentiment de culpabilité.

Et quand la procrastination est le résultat d’une adaptation, elle est d’autant plus honteuse qu’elle est très mal acceptée socialement. On y voit poindre l’horrible spectre de l’oisiveté, et son pendant, la fainéantise.

J’ai du mal à comprendre ce deuxième type de procrastinateurs. Comment la procrastination peut-elle résulter d’une adaptation ? N’est-ce pas un peu contreproductif ?

LB : Pour illustrer le deuxième type de procrastinateurs, je prends toujours le même exemple, celui d’un très jeune enfant à la crèche. Il est entouré d’autres enfants de son âge. Vous connaissez ce jeu pour les tout petits qui consiste à insérer des formes dans les trous correspondants, il y a une étoile, un cube, un rond, un triangle … Tous les enfants prennent une forme et essayent de l’introduire dans tous les trous jusqu’à ce qu’ils trouvent enfin le bon. Sauf le futur procrastinateur du deuxième type.

Il est déjà fainéant !

LB : Non ! C’est ce que vous déduisez de son comportement. Sachez que votre jugement est assez représentatif de ce que devra endurer ce futur procrastinateur du deuxième type. Cet enfant-là ne touche pas son jeu. Par contre, il observe ces petits camarades, se lève, va jouer avec d’autres jouets et passe sans cesse d’un jeu à l’autre. D’un point de vue extérieur, il montre tous les symptômes d’un enfant qui souffre d’un trouble du déficit de l’attention.

Il est TDA !

LB : Non ! Au risque de me répéter c’est ce que vous déduisez de son comportement. Sachez que votre jugement est assez représentatif encore une fois de ce que devra affronter ce futur procrastinateur du deuxième type. Cet enfant ne s’intéresse pas au même jeu que les autres parce qu’il sait déjà faire. Et il cherche quelque chose de nouveau, quelque chose à apprendre. Son comportement n’est pas celui d’un TDAH, c’est celui d’un scanner. Si personne ne fait rien pour lui, à l’âge adulte, il deviendra un pro de la procrastination.

Un scanner. Vous voulez dire que cet enfant est un HQI, c’est ça ?

LB : Je n’aime pas les étiquettes. Dès qu’on en a collé une, on a l’impression d’avoir réglé le problème alors que … on l’a en fait enterré sous l’étiquette !

Un haut potentiel ?

LB : C’est mieux. Avec l’idée de potentiel, il est possible de décider de ne pas y avoir recours. Potentiellement, le procrastinateur du second type peut tout faire, il souffre d’un excès d’aptitudes…

Vous vous rendez compte que ce que vous dites est choquant…

LB : Et pour s’éviter de finir enseveli sous les étiquettes, il a pris l’habitude de se conformer à ce que l’on attend de lui, c’est-à-dire très peu comparé à son potentiel, ce qui lui laisse beaucoup de temps pour faire ce qui lui chante … D’ailleurs à ce propos, cet entretien commence à m’ennuyer, je vais faire autre chose.

Non ! Lili Bulle … Revenez ! Vous avez seulement effleuré le sujet, je suis certain que beaucoup de vos lecteurs aimeraient en apprendre plus sur ce deuxième type de procrastinateur. Comment a-t-il pu en arriver là ? Et d’autres se demandent peut-être s’ils sont plutôt du premier ou du deuxième type. Je vous en prie, faites un petit effort !

LB : Oh qu’ils se rassurent, ils peuvent très bien être des deux types à la fois !

Je ne pense pas que ce soit rassurant. On se revoit lundi ?

LB : Je ne serai peut-être pas libre lundi. Mardi ?

Donc peut-être à mardi. Je vous souhaite un bon week-end, Lili Bulle.

LB : Ciao, ne bullez pas trop !

Lili Bulle lance son blog le 11 septembre !

Lilibulle

Lili Bulle, pensez-vous que ce soit une bonne idée de lancer un blog d’aide aux procrastinateurs le 11 septembre ?

LB : Et pourquoi pas ? Je ne suis pas superstitieuse. Et si vous me permettez de parler un peu de symbolisme, je crois au contraire que le 11 septembre est une bonne date pour lancer un blog traitant de la procrastination. Souvent la procrastination est un bon moyen de détruire toutes ses chances de réussir. Ceux qui nous lisent ne me contrediront pas parce qu’ils ont mieux à faire.

Et un blog ? Êtes-vous certaine que ce soit le bon médium ? 

LB :  Je vois très bien où vous voulez en venir. Surfer sur Internet n’est pas la cause de la procrastination, mais son effet.  Sans même vous en rendre compte, vous vous retrouvez à suivre le fil d’actualité de Facebook ou de Twitter, à visionner en boucle des vidéos sur Youtube, et ce pour remettre à plus tard une tache qui vous enquiquine. La procrastination existait avant l’Internet. Il y a très longtemps, les procrastinateurs se cantonnaient dans des activités différentes, non moins étranges. Ils pouvaient passer des heures ou des journées entières à tricoter, à faire des réussites, à compter les pétales des fleurs … Quand je pense à toute l’énergie gaspillée pour s’éviter de faire si peu de choses !

Qu’est-ce qu’une bonne activité de procrastination ? Vous avez sûrement un avis ou des conseils à donner à vos lecteurs ?

LB :  Le procrastinateur cherchant à lutter contre le stress occasionné par une contrainte qu’il pense ne pas pouvoir affronter, il lui faut se cantonner à des activités abrutissantes, qui vont l’anesthésier et lui faire oublier son stress.

Une activité ennuyeuse ? 

LB :  Non et c’est là toute la difficulté. Abrutissante mais pas ennuyeuse. Les procrastinateurs s’enferment dans des activités qui leur plaisent tout du moins au début. Pour beaucoup d’entre eux, l’important c’est la notion de répétition. « Je fais, je refais, je continue, je persiste à faire la même chose jusqu’à l’écoeurement pour m’éviter de me lancer dans autre chose ». Un peu comme quand vous fixez une spirale qui tourne, au bout d’un moment, vous êtes complètement hypnotisés … La procrastination, c’est pareil. C’est une forme d’auto-hypnose ! Une bonne activité de procrastination doit être plaisante tout en étant répétitive.

Excusez-moi Lili Bulle, mais le but n’est-il pas d’en sortir ?

LB :  Bien sûr ! Mais il faut être réaliste, certains profils comme les créatifs ont besoin d’une récompense avant de se mettre au travail. Dans leur cas, la procrastination fait partie de leur mode de fonctionnement. L’important pour eux, c’est de ne pas se laisser dériver trop longtemps. Par exemple, je peux décider de me consacrer une heure à ma série préférée, « Game of Thrones » ou « House of cards » ou encore « Walking dead » et ensuite je travaille. J’ai eu ma récompense, je suis motivé pour travailler.

C’est plus facile à dire qu’à faire…

LB :  C’est d’autant plus difficile que souvent les procrastinateurs …

manquent de discipline ?

LB :  Non, manquent de structure. Ce sont des personnes très curieuses, très inventives, très souples, attirées par la nouveauté. La procrastination peut aussi être une façon de lutter contre l’ennui. Parfois, procrastiner, c’est juste chercher de la motivation.

Vous plaisantez !

LB :  Non. Mais je n’ai pas le temps de vous en dire plus, j’ai pris beaucoup de retard dans mon travail. Je dois visionner quelques vidéos sur Youtube pour me donner du coeur à l’ouvrage.

Nous vous disons donc à la semaine prochaine, Lili Bulle !

LB :  Ciao. Ne bullez pas trop !